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L’Apec divisée après la passe d’armes entre Pékin et Washington

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L’Apec divisée après la passe d’armes entre Pékin et Washington

237actu 18 novembre 2018
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Les dirigeants de l’Asie-Pacifique ne sont pas parvenus à réconcilier leurs différences dimanche à Port Moresby lors d’un sommet marqué par une passe d’armes incisive entre la Chine et les Etats-Unis sur fond de lutte d’influence dans la région.

Pékin et Washington sont enferrés dans un conflit commercial potentiellement dévastateur pour l’économie mondiale. Et ils ont fait étalage de leurs désaccords au travers de discours du président chinois Xi Jinping et du vice-président américain Mike Pence avant même l’ouverture de cette réunion de la Coopération économique Asie-Pacifique (Apec).

Pour la première fois de l’histoire de cette organisation de 21 nations, leurs dirigeants ne sont pas parvenus à un consensus sur une déclaration écrite commune.

« Les dirigeants ont décidé qu’au lieu de la traditionnelle déclaration des leaders, ils laisseraient à la Papouasie-Nouvelle-Guinée, en tant que présidente, le soin de rendre publique une déclaration de la présidence au nom de tous les membres pour rendre compte du consensus », a déclaré Zhang Xiaolong, porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères.

Le Premier ministre papouasien Peter O’Neill s’est ensuite fendu d’une brève déclaration devant la presse. Son homologue canadien Justin Trudeau a reconnu l’existence de visions divergentes, notamment sur la problématique du commerce.

Le ton avait été donné samedi matin par la vive passe d’armes entre MM. Xi et Pence.

Ce dernier avait notamment appelé les pays de la zone à se ranger derrière les Etats-Unis et à ne pas céder aux sirènes d’une diplomatie du chéquier chinoise « au mieux opaque ».

« Nous ne noyons pas nos partenaires dans une mer de dettes », s’est-il emporté à la tribune d’un forum de chefs d’entreprise. « Nous ne contraignons pas, nous ne corrompons pas, nous ne compromettons pas votre indépendance. »

– « Conversation franche » –

Quelques minutes plus tôt, le président chinois, vedette incontestée du sommet en l’absence de Donald Trump et de Vladimir Poutine, avait défendu le titanesque programme d’investissements eurasiatiques dit des « Routes de la soie » promu par son pays, en expliquant qu’il ne s’agissait « pas d’un piège comme l’ont présenté certains ».

En dépit de ces discours musclés, le sommet en lui-même s’est déroulé sans accroc, les dirigeants posant samedi en fin de journée pour la traditionnelle photo de famille, vêtus cette année de chemises jaunes ou rouges à motifs.

MM. Xi et Pence ont même eu de brefs échanges lors du dîner de gala qui a suivi.

« J’ai parlé deux fois au président Xi pendant cette conférence. Nous avons eu une conversation franche », a confié dimanche aux journalistes le vice-président américain.

Comme pour démentir tout désengagement américain face à une Chine de plus en plus présente dans la région, les Etats-Unis ont annoncé un projet conjoint avec l’Australie, le Japon et la Nouvelle-Zélande. Il vise à accélérer l’électrification de la Papouasie, avec l’idée de faire passer de 13 à 70% la proportion de la population ayant le courant.

Le communiqué sur l’électrification fait miroiter la possibilité d’initiatives similaires à d’autres pays « qui soutiennent les principes et valeurs » faisant la promotion d’une « région libre, ouverte, prospère et basée sur l’Etat de droit ».

La Papouasie est un des théâtres de la bataille d’influence que se livrent les Etats-Unis et la Chine dans le Pacifique. M. Xi a d’ailleurs inauguré à Port Moresby un « Boulevard de l’Indépendance » financé par Pékin.

Washington, et Pékin dans la foulée, ont imposé ces derniers mois des droits de douane punitifs à leurs importations mutuelles, mais l’excédent commercial chinois n’a fait que battre record sur record.

Le leader chinois s’est fait le chantre du multilatéralisme en s’attaquant frontalement au « protectionnisme et à l’unilatéralisme ».

Combatif, M. Pence a répliqué que Washington ne céderait rien sur sa stratégie douanière « tant que la Chine n’aura pas changé son attitude ».

En coulisses, certaines voix s’inquiètent des répercussions que pourrait avoir sur les économies de l’Apec la rivalité sino-américaine.

« Les dirigeants d’entreprises ne veulent pas le dire publiquement, mais ils en parlent dans les dîners et se demandent bien comment on en est arrivé là », a déclaré à l’AFP le milliardaire irlandais Denis O’Brien, président de Digicel.

« C’est une situation contrainte, un pays qui essaie d’obliger tous les autres pays à changer des droits de douane décidés il y a des années. »

Le programme officiel du sommet a aussi été éclipsé par le simple fait que la réunion se tienne pour la première fois dans une ville à la réputation de coupe-gorge, ce qui a impliqué le déploiement d’un important dispositif de sécurité, en partie délégué à des armées étrangères.

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